Pourquoi la musique a-t-elle joué un rôle si important pendant la crise de la Covid-19 ?

Rédigé par le 3 février 2021

Alors que la vague de la Covid-19 déferlait sur l’Europe, la musique est devenue une nouvelle forme de résistance au stress et aux inquiétudes des milliers des gens confinés.

“Au début on était tous très inquiets, on ne savait pas vraiment ce qui nous arrivait, témoigne Cyril Bouffyesse, altiste à l’Orchestre national de France. Lorsque le confinement est décrété en France le 16 mars dernier, Cyril se trouve chez lui, dans le 18e arrondissement parisien. Tout est allé très vite. Du coup, les premiers jours, je n’avais pas tellement envie de jouer de mon instrument. Et puis un soir, avec mon meilleur ami, pianiste qui habite dans le même immeuble, on a décidé de se lancer.” 

Plusieurs soirs pendant le confinement, Cyril joue à sa fenêtre, seul ou accompagné de son ami pianiste. « Il y avait une ambiance particulière, beaucoup de monde sur les balcons et une énergie et une écoute très particulières. D’ailleurs, parfois après la musique, les gens restaient au balcon avec un verre et se mettaient à discuter. Il y avait un vrai lien qui ne se serait pas créé si tout le monde avait continué son train-train quotidien.»

Mais l’initiative de Cyril est loin d’être isolée. Alors que l’épidémie sévit dans le pays à un rythme effréné, c’est l’Italie qui donne le la. Une nouvelle forme de résistance est partie du sud du pays : sur leurs fenêtres, terrasses et balcons, pour lutter contre l’angoisse et l’isolement, les Italiens se sont mis à faire de la musique. De l’hymne national, Bella ciao, Volare ou Vincero, jusqu’aux  mini-concerts ou chants collectifs qui entraînent des familles entières et tout le voisinage dans de joyeuses cacophonies.

Des musiciens professionnels se mettent eux aussi à proposer des concerts de leur lieu de confinement. D’autres détournent les mélodies existantes ou en composent de nouvelles en soutien au personnel médical, ce personnel médical que l’on voit d’ailleurs aussi chanter, y compris en plein service dans les hôpitaux.

Privés de contact physique, limités dans leur mouvement, des milliers de personnes expriment le besoin de vivre à travers de la musique une expérience commune.

Comme l’explique Emmanuel Bigand, chercheur en neurosciences à l’Université de Bourgogne, la réponse est à chercher dans notre cerveau.

“La musique est un peau à peau sonore, c’est une caresse. Elle peut réguler notre humeur, modifier la biochimie de notre cerveau, et notamment réguler la sécrétion du cortisol, hormone de stress. On peut vraiment reprendre le courage et se sentir revitalisé. La musique est une super médecine non-invasive.» Et si la musique a rencontré une telle adhésion pendant la crise de la Covid-19, c’est qu’elle répond à nos besoins fondamentaux de connexion avec les autres.

La musique est un liant social déterminant dans l’évolution de notre espèce. Lorsqu’on est en détresse, explique le chercheur, cette mise en relation avec l’autre devient vitale. “Faire de la musique avec les autres permet à nos cerveaux de se synchroniser. Cette synchronisation change la relation sociale, l’empathie  que l’on a avec l’autre, la personne nous paraît beaucoup plus sympathique et on rentre dans une relation de collaboration. Cette relation d’attachement à l’autre en période de crise nous redonne confiance,” conclut le chercheur.

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